Archives des articles tagués Tricot pour la paix

Printemps

Tout est lumière, tout est joie.
L’araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Les rondes dentelles d’argent.

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l’étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux.

La rose semble, rajeunie,
S’accoupler au bouton vermeil
L’oiseau chante plein d’harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil.

Sous les bois, où tout bruit s’émousse,
Le faon craintif joue en rêvant :
Dans les verts écrins de la mousse,
Luit le scarabée, or vivant.

La lune au jour est tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent;
Tendre, elle ouvre ses yeux d’opale
D’où la douceur du ciel descend !

Tout vit et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L’ombre qui fuit sur l’eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert !

La plaine brille, heureuse et pure;
Le bois jase ; l’herbe fleurit.
– Homme ! ne crains rien ! la nature
Sait le grand secret, et sourit.

-Victor Hugo

Ça fait plus de 6 ans que j’habite la Petite-Patrie et que j’emprunte le même chemin tôt le matin pour aller travailler et le soir sur le chemin du retour à la maison. J’affectionne tout particulièrement le métro Beaubien et mon quartier. Depuis quelques mois je tricotais l’idée de recouvrir une des colonnes de béton gris de laine; d’y ajouter une touche de couleur pour égayer la monotonie du quotidien des jours qui défilent. Un prélude au printemps. C’est grâce à l’artiste Natacha Sansoz du collectif AIAA en visite à Montréal et Pixie Knit du collectif Les Ville-Laines que j’ai pu réaliser cette lubie.

Métro BeaubienMétro BeaubienMétro Beaubien

Réponse à l’article de Zola publié sur OFFmural-es.

En tant que Ville-Laines, nous avons beaucoup de plaisir à travailler en collectif et à faire de la rue un terrain de jeu.

Nous apprenons entre autre à composer avec la différence. Même au sein des Ville-Laines, nous ne partageons pas toujours les mêmes points de vue et convictions. Ça nous nourrit. Ce qui nous unit avant tout, c’est l’amour de la fibre et notre désir indélébile de tisser du lien social et de se réapproprier l’espace urbain. Au-delà de l’esthétisme, le tricot-graffiti a une vocation: celle d’égayer le quotidien en mettant un peu de couleur et de douceur dans la grisaille urbaine. Sous son apparence d’art naïf, cette approche fait preuve d’une politique horizontale et inclusive.

Notre démarche est ludique. Même dans le choix des mots. Cela dit, ce n’est pas sans questionnement aucun que le mot « terrorisme » a trouvé une place dans notre imaginaire et notre vocabulaire, maintes fois utilisés et remis en question au sein du collectif. Outre le deuxième degré, l’ironie et une bonne dose d’auto-dérision nécessaire, ce terme détourné de son contexte pointe vers un changement de paradigme: un monde où le système de la peur dans lequel nous vivons serait remplacé par celui de la douceur. Lorsqu’il ne restera plus que des terroristes qui posent de la laine, nous aurons réussi notre mission. D’ici là, nous continuerons à contaminer l’espace publique pour utiliser un autre jeu de mot. Dans la même veine, « vandalisme doux » renvoie à des interventions qui n’abîment pas le mobilier urbain. Le mot yarnbombing emploie ce même champ lexical. Cela dit, nous aimons et apprécions toutes formes d’art urbain.

La majorité de nos interventions sont faites de façon guérilla, sans permission. Par contre, nous nous faisons souvent inviter à intervenir dans l’espace publique. Légales ou non, nos actions mettent de l’avant le côté ludique et rassembleur, et non l’acte de désobéissance, afin de faire réfléchir et toucher les gens. Le but étant de rendre cette pratique le plus accessible possible et non l’apanage de quelques-uns. Pas que les autres types d’actions ne soient pas valides ou nécessaires mais ce sont celles qui nous interpellent et celles que nous avons envie de faire. Nous nous sentons libres d’explorer nos lubies et rêvons de lois qui permettraient de mettre de la laine partout!

Au-delà des utopies, de nos idéaux et convictions individuelles, nous tentons de suivre notre instinct, d’œuvrer dans l’ouverture, d’échapper aux dogmes (sous toutes ces formes et coutures) tout en veillant à ne pas se faire récupérer et — surtout — ne pas se prendre trop aux sérieux. Beau programme!

Notre seul et unique but est de recouvrir la ville de laine car nous avons une foi aveugle dans le pouvoir rassembleur de la fibre.

Nous cherchons ainsi à faire augmenter le BNB: le Bonheur national brut.

Nous aimons expérimenter et nous ne nous imposons aucune limite, surtout idéologique, si un projet nous plaît. Notre démarche suit la voie du cœur et de l’inspiration et non de l’intellectualisation. Nous n’avons pas l’arrogance de croire que le tricot-graffiti changera le monde mais nous y croyons suffisamment pour essayer!

Nous avons fait différents types d’interventions depuis notre formation en 2011. Nous sautons souvent à pieds joints dans de nouvelles aventures. Nous apprenons au fur et à mesure ce qui fonctionne ou non pour nous. Nous avons répondu avec enthousiasme à l’appel de nombreux organismes qui voulaient embellir l’espace urbain et retisser le lien social. Nous avons lancé des initiatives pour permettre la réappropriation de l’espace urbain par la population et nous prononcer sur des causes qui nous tiennent à cœur.

Singulier et inhabituel, le projet de la rue St-Denis a commencé, comme c’est souvent le cas, par une rencontre humaine. Le directeur de la SDC, qui est aussi un artiste, un poète, nous a donné carte blanche pour nous exprimer, nous amuser et embellir l’artère commerciale à notre façon. Nous avons accepté un cachet. La rencontre entre ces deux univers distincts, antinomiques, l’art de rue et le commerce, est particulier mais nous avons osé aller au-delà de notre zone de confort. Et le fait que c’était commissionné, n’enlève rien à nos convictions. Nous avions une vitrine pour faire passer un message et nous avons sauté sur l’occasion. En aucun cas, ce type d’intervention nuit aux artistes et aux activistes qui œuvrent dans l’illégalité — au contraire. L’espace publique étant a priori masculin, y ajouter une touche de féminin, même grâce à une commission, est un apport plus que bienvenu dans le paysage urbain. Après tout, c’est de laine dont on parle!

Une fois posés, les tricots ne nous appartiennent plus. La rue se les approprie. Un espace de communications s’ouvre. Nous n’avons été aucunement offusquées de leur envol. Plutôt surprises, surtout curieuses et un peu tristes sur le coup car moins de gens ont pu en profiter: des réactions tout à fait humaines et normales. Nous ne savons pas qui les a retiré. Nous ne pouvons donc pas nous prononcer sur les raisons de leur disparition.

La question de la commercialisation de l’espace public, de la gentrification et du rapport de forces dans une société capitaliste est complexe et nuancée. Le rapport entre l’artiste et le commerce aussi. Il faut rester vigilant mais il faut aussi se préserver de l’extrémisme qui finit toujours par soutenir le système qui le nourrit. Il n’y a pas de positionnement parfait, sans faille (à part les dogmes que nous tentons d’éviter à tout prix).

Savoir respecter la multitude des voies est cruciale même – et surtout – dans l’art urbain. Il y a assez de place sur cette planète pour plusieurs pratiques qui ultimement, vont dans le même sens, même si elles n’utilisent pas toujours les mêmes tactiques. Il y a assez de place pour qu’on puisse TOUTES s’amuser, chacune à notre façon. Nous œuvrons toutes à la réalisation d’un monde plus juste, égalitaire — et plus doux.

La seule radicalisation qui mérite notre attention est celle du cœur.

Tricot pour la paix

Membre du collectif Les Ville-Laines

Tricot pour la paix est sur Vimeo ! Pour l’occasion, j’ai ajouté la vidéo intitulée « Tricot Riot » réalisée par EQCQ.

Voir la note précédante pour plus de détails sur l’évènement.

TRICOTEZ & ÉCHANGEZ
SUR LES ENJEUX TOUCHANT LA COMMUNAUTÉ

L’évènement TRICOT CITOYEN a pour but de favoriser les rencontres par le biais de l’artisanat. Y a-t-il des enjeux sociaux qui vous touchent particulièrement? Alliant engagement citoyen et tricot, il s’agit d’enrichir nos réflexions et de créer de la synergie pour les causes qui nous tiennent à cœur. Parlez-en dans votre entourage! Et venez tricoter que ce soit pour discuter ou tout simplement pour nourrir votre curiosité!

Apportez votre tricot en cours et des idées pour créer un monde de paix!

Le lieu et l’heure seront confirmés par bulletin mensuel. Pour vous inscrire : TRICOTPOURLAPAIX@GMAIL.COM

Tricot Citoyen au Gainzbar, 10 novembre 2012

Tricot Citoyen

Tricot Citoyen au Café Ô Deux Soeurs, 9 février 2013

Vous pouvez me suivre sur Twitter : https://twitter.com/claudia_leger

Ce magnifique logo a été créé par EQCQ.

C’est à Occupons Montréal que j’ai eu l’idée de Tricot pour la paix.

J’ai fréquenté le camp dès sa deuxième journée, le 16 octobre 2011, et j’ai immédiatement été conquise par l’énergie et la volonté de changements. Ne pouvant dormir sur place, j’ai aidé les militants comme j’ai pu. D’abord, avec la circulation de l’information sur les réseaux sociaux en créant la page Aidons Occupons Montréal à Passer l’Hiver sur Facebook. J’ai assisté également à des AG, participé au comité des habitations hivernales et aidé à trouver des matériaux pour assurer la survie du camp.

À l’époque, j’apprenais à tricoter depuis moins d’un an. Comme j’en tirais des bénéfices immenses – le tricot m’aidant à gérer le stress dû à un travail exigeant –  j’ai voulu en faire profiter les autres. À l’origine, il s’agissait de donner des ateliers aux activistes pour leur apprendre à faire des foulards, des tuques et des mitaines. D’une part, pour les préparer au temps froid qui approchait, mais surtout, ça leur permettraient de relaxer un peu car vivre à la Place du Peuple au quotidien, dans un état précaire, avec beaucoup d’incertitudes et des pressions constantes de la Ville et de la police, s’avérait très stressant. Beaucoup d’hommes ont manifesté leur intérêt et enthousiasme à l’idée d’apprendre à tricoter. Il ne m’en fallait pas plus pour mettre en branle le projet! Pour se faire, j’ai approché Effiloché, une boutique de laine sur la rue St-Hubert à Montréal, ainsi que des tricoteuses militantes, dont Capitaine Crochet qui sera par la suite très impliquée dans la grève étudiante avec la formation du collectif  Maille À Part. C’est aussi au même moment que j’ai été adopté par Les Ville-Laines pour ainsi amorcer avec elles une année haute en couleur, remplie de douces collaborations. Je reparlerai de ces deux collectifs dans d’autres blogs sous peu.

Les ateliers Tricot pour la paix n’ont jamais eu lieu à Occupons Montréal. La police a démantelé le camp bien avant qu’on puisse débuter l’initiative mais l’idée de donner des ateliers de tricot, avec un objectif à la fois social et thérapeutique, a perduré. Durant les mois qui suivirent, j’ai donné des initiations dans des cafés de la Petite-Patrie pour des activistes mais également pour des personnes souffrant de troubles d’anxiété et des mères monoparentales. J’ai aussi organisé des  »Tricothons » pour la cause des sans-abris en collaboration avec l’organisme humanitaire Médecins aux pieds nus, dont un avec les sœurs du Relais Sagesse.

Le mois prochain, cela fera un an qu’Occupons Montréal a quitté la Place du Peuple. Où en sommes-nous? Quel chemin avons-nous parcouru? Qu’en est-il devenu de la flamme révolutionnaire qui nous a animés brièvement mais avec autant de passion? Et qui nous a permis de rêver à un monde meilleur. On pourrait parler de l’apport du mouvement au printemps érable, par exemple. Les militants d’Occupons ont par ailleurs collaboré avec les artistes, le 22 avril, dans le cadre du grand Rassemblement pour le bien commun, soit le Jour de la terre, qui a rassemblé plus de 300,000 personnes dans les rues de Montréal. Dans mon quartier, la Petite-Patrie, Occupons le Cœur de l’Île a été très actif dans la communauté. Ils ont récemment organisé, entre autre, le débat politique entre les six candidats de la circonscription de Gouin durant les élections provinciales de 2012, le comté dans lequel Françoise David de Québec Solidaire a battu le député-vedette du Parti Québécois, Nicolas Girard. Il y a aussi, bien entendu, tous les autres mouvements Occupons, dont celui du Sud-Ouest, qui continuent des actions citoyennes dans leurs arrondissements respectifs.

Pour ce qui est de Tricot pour la paix, je compte organiser un évènement sur une base mensuelle dans la Petite-Patrie, durant la période automne-hiver qui s’amorcent, afin de favoriser les rencontres et les échanges sur le thème de la paix. Je vous en redonne des nouvelles.

En attendant, bon tricot-activisme!

1er Tricot pour la paix au café Oh la la lors d’Occupons Nos Quartiers en décembre 2011.