Archives de la catégorie Tricot activisme

L’engouement pour le tricot-graffiti ne connait pas de limite. L’hiver dernier, Samuel, un intervenant en loisir des Habitations Nouvelles Avenues, une résidence pour personnes âgées dans mon quartier, m’a approché pour démarrer un projet aussi doux qu’ambitieux. Depuis près de dix mois l’initiative fait bon train! Un petit groupe de tricoteuses enthousiastes et dynamiques se rencontre sur une base hebdomadaire afin d’enjoliver leurs habitations. Plusieurs d’entre elles ont profité de la belle saison pour assembler et installer leurs tricot-graffitis. J’ai eu la chance de les rencontrer à quelques occasions et je suis très impressionnée par leur créations. Le tricot est une belle façon de rapprocher les gens et d’embellir un espace de vie commune. Bravo!

 

L’artiste Ute Lennartz-Lembeck que j’admire beaucoup crée depuis plusieurs années des tipis en tricot pour la paix, la tolérance, l’hospitalité, la mobilité et la protection. Ces tentes coniques colorées à portée symbolique qui inspirent l’élévation font partie d’un projet mondial en expansion. Voici une image de sa 23e création confectionnée en collaboration avec un centre familial évangélique qui porte le nom d’arc-en-ciel à Asslar en Allemagne. Pour un aperçu de ses magnifiques oeuvres en cours cliquer ici.

De part sa forme atypique, le tipi possède une mystique symbolique et spirituelle. Il s’agit d’un habitat utilisé par certaines tribus nord-amérindiennes qui appartient traditionnellement à la femme. Le mot vient de l’anglais « tepee » (du dakota « thipi » qui signifie « habitation »).

Grâce au tricot-graffiti, la demeure des premiers occupants du continent américain est célébrée et le domaine de la féminité s’élève au rang d’hommage. Dans l’oeuvre d’Ute Lennartz-Lembeck, la maison traditionnelle devient lieu de recueillement et centre de création. Un gîte pour réchauffer les coeurs où la lumière abonde et la couleur surplombe le visiteur. Une impression de révérence s’en dégage, un sentiment qu’on éprouve très souvent dans une cathédrale, devant un beau tableau ou un vitrail. Chaque pièce unique tricotée par un individu, le plus souvent une femme, une fois assemblée, contribue à créer un ensemble cohérent et harmonieux.

L’expérience de ce toit sensuel et multicolore est une fin en soi. Elle mimique la vie. Celle qui nous entoure et que trop souvent nous ne remarquons pas, trop absorbés par nos pensées ou nos téléphones intelligents. Le tipi tricoté est donc un rappel à la contemplation. Il représente ainsi la vie l’intérieure, lieu sacré et privilégié de la condition humaine.

… ou comme le dit si bien le proverbe roumain: Une tente sans femme est comme un violon sans cordes.

Chaque oiseau trouve son nid beau. ~Proverbe québécois

Parfois je préfère laisser les images parler d’elle-mêmes, ne pas m’interposer et écouter l’entrelacement de la laine chanter sa douce complainte.

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La haine a causé beaucoup de problèmes dans le monde, mais n’en a pas encore résolu un ~Maya Angelou

Les attentants terroristes, la crise des réfugiés et les communautés touchés par la guerre, le réchauffement climatique, l’inégalité grandissante qui mène à la disparition de la classe moyenne et plus encore. Toute cette violence, qu’elle soit économique, sociale ou politique, exacerbent les tensions. Est-ce c’est le manque d’amour qui est la source de tous conflits? La seule arme dont dispose le pacifiste pour contrer la noirceur est d’émettre plus de lumière, ce qui revient à dire, plus de douceur.

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Les esprits qui demeurent dans l’éther n’envient-ils pas à l’homme sa douleur? ~Khalil Gibran

L’automne se pointe le nez et une marche en montage me semble tout indiquée… C’est sur le Mont-Royal que j’ai fait mon nid, le temps d’une ballade. La nature, c’est inspirant. Il ne s’agit que d’écouter pour entendre, que de regarder pour voir. Tou est là, sans qu’on aille à réfléchir au comment du pourquoi. La vie, c’est si simple parfois. Comme tricoter!

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Je rêve d’un peuple qui commencerait par brûler les clôtures et laisser croître les forêts ! ~Henry David Thoreau

Pourquoi érige-ton des murs physiques ou imaginaires entre les êtres humains, entre les pays? À un moment où certains discours politiques se durcissent au sud de la frontière, la métaphore du mur prend de plus en plus de place dans la psyché collective, d’une teneur alarmante. Un mégalomane peut faire croire à une population asservie qu’elle n’aura plus à craindre l’Autre. Des murs tombent, d’autres s’érigent ou se rêvent. Le mur de Berlin, de Palestine ou du Mexique… autant de barrières ontologiques qui font davantage pour refermer une société sur elle-même, éprise de peur et de préjugés, mal aiguillée sur les vrais enjeux et sur la nature de la réalité. Plus de dommages sont fait en voulant protéger – de manière bien intentionnée ou non – contre un prétendu danger. Lorsque construction devient projection.

Conjonctures et dérives.

C’est à cet instant que la déclaration de NUTOPIA, pays imaginaire de John Lennon et Yoko Ono, créé en 1973, devient plus réel que jamais : « Nous annonçons la naissance d’un pays conceptuel, NUTOPIA. La citoyenneté du pays peut être obtenue par la déclaration de votre connaissance de NUTOPIA. NUTOPIA n’a pas de territoire, pas de frontières, pas de passeport, uniquement des habitants. NUTOPIA n’a pas d’autres lois que les lois cosmiques. Tous les citoyens de NUTOPIA sont les ambassadeurs du pays… »

J’ai profité de mon passage en Californie pour photographier l’art urbain à Venice Beach, que l’on surnomme la « Venise d’Amérique » à cause de ses nombreux canaux. Un endroit que j’adore visiter, où il fait bon errer sans but, ancré dans le moment présent. L’expression artistique vibrante est très présente dans ce quartier reconnu pour sa tolérance. L’ouverture d’esprit propre à l’État doré en font un lieu unique, voire mythique, propice à la découverte et l’éclosion de nouveaux styles de vie, de pensées et de courants esthétiques. Clôtures et murs sont réappropriés et investis de laine, papier et peinture. L’art sera toujours un agent de progrès, signe d’avancement, garant du désir d’abolir les clivages. Communiquer ce qui nous unit même si ce n’est pas toujours facile à entendre ou de se raconter. L’eau suggère à la fois l’imaginaire humain et l’abolissement des frontières. C’est l’élément qui fuit, se défile, que l’on tente de contenir. On pourra construire des murs, des canaux, ériger des barrières, des cloisons, mais on ne pourra jamais arrêter la connexion intrinsèque de l’esprit, du vivant.

Comme l’a dit si bien Yun Son-Do,  « l’eau seule est éternelle. »

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Printemps

Tout est lumière, tout est joie.
L’araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Les rondes dentelles d’argent.

La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l’étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux.

La rose semble, rajeunie,
S’accoupler au bouton vermeil
L’oiseau chante plein d’harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil.

Sous les bois, où tout bruit s’émousse,
Le faon craintif joue en rêvant :
Dans les verts écrins de la mousse,
Luit le scarabée, or vivant.

La lune au jour est tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent;
Tendre, elle ouvre ses yeux d’opale
D’où la douceur du ciel descend !

Tout vit et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L’ombre qui fuit sur l’eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert !

La plaine brille, heureuse et pure;
Le bois jase ; l’herbe fleurit.
– Homme ! ne crains rien ! la nature
Sait le grand secret, et sourit.

-Victor Hugo